La nuit de l’élection vécue depuis Paris

LA CAMPAGNE 2016 – Tout au long de la nuit plusieurs bars et salles parisiennes ont diffusé les résultats des élections américaines en direct. L’objectif, à grands renforts de drapeaux, cocktails et plats typiques, était de permettre aux expatriés – et aux autres – de se rassembler dans une ambiance festive pour découvrir le nouveau visage de la présidence des Etats-Unis. Heure après heure, l’atmosphère s’est assombrie.

Dès 19h dans le IIIème arrondissement parisien, une file d’attente enjouée commence à se former devant le Carreau du Temple. La « nuit américaine » est sur le point de démarrer, et beaucoup de jeunes gens, parfois une bière à la main, disent leur excitation. Certains, expatriés américains, ont voté au mois de septembre depuis la France.

D’autres, Français, ne sont pas directement concernés par l’élection mais simplement intéressés – et parfois effrayés – par le résultat. Mais à ce stade de la soirée l’ambiance est incontestablement festive. Au Carreau du Temple on sirote des « Dirty Hillary », « Trump Sauer » ou « Barack Old Fashioned », cocktails imaginés pour refléter le style des trois personnalités politiques : martini revisité à la vodka pour la Démocrate, whisky amer pour le Républicain, et bourbon avec un zeste de citron pour le Président sortant. Entre deux verres, on se presse autour des concerts et navigue entre les tables rondes pour écouter les spécialistes.

Mais tout le monde le sait, la nuit sera longue. Marc Grossman, cuisinier new-yorkais qui assure le service jusqu’à 7h du matin, explique qu’il a cuisiné de la « comfort food » (« nourriture réconfortante ») pour aider tout le monde à tenir jusqu’au matin : « L’attente va être stressante », lâche-il dans un sourire.

Au même moment dans le quartier de l’Opéra, le mythique « Harry’s New York Bar » répète la tradition. Comme à chaque élection depuis 1924, un « vote de paille » est organisé. Les invités glissent dans l’urne leurs bulletins un mois avant le jour du vrai vote et ils sont dépouillés pendant la soirée. Un peu avant minuit, Hillary Clinton est donnée gagnante, à 404 voix contre 150. Depuis 1924, le Harry’s New York Bar ne s’est trompé que deux fois : jamais deux sans trois ?

A partir de deux heures du matin « Chez Joe Allen », restaurant américain près des Halles, les sourires des partisans d’Hillary Clinton se figent. Le cou tendu vers les écrans qui diffusent CNN en direct, ils « imaginent le pire » en découvrant les résultats comté par comté, Etat par Etat.

 

Jusqu’à ce que Trump remporte la Floride. « The world is gonna end » (« C’est la fin du monde »), entend-on crier. « C’est une horreur ». Ceux qui ne s’y résolvent pas noient leur incrédulité dans un dernier verre avant de sortir affronter la pluie. Petit à petit, le silence s’installe et les serveurs débarrassent. Dans tous les esprits, une question : « Dans quel état va-t-on se réveiller demain ? »

Mélanie Chenouard