Donald Trump, improbable Président

LA CAMPAGNE 2016 – C’était un scénario tout à fait envisageable mais peu y croyaient. Donald Trump est président.  Loin de l’establishment, le magnat de l’immobilier a su tracer son sillon pour révolutionner la politique américaine.

En juin 2015, Donald Trump annonce sa candidature à la primaire du Parti Républicain. Sur les traces de Reagan, il s’approprie le slogan de ce dernier : “Make America Great Again”  (« Rendons sa grandeur à l’Amérique »). Il fait dans la surenchère, suscite la polémique mais ne représente aucun danger. Les intentions de vote le créditent à 5%. Des estimations qui évoluent vite : le milliardaire devient un challenger sérieux côté républicain.

Sa large victoire dans l’Indiana en mai 2016 contraint Ted Cruz et John Kasich à se retirer de la primaire. La voie lui est désormais ouverte dans la course pour la Maison Blanche.

Face à lui, une adversaire de taille. Comment vaincre Hillary Clinton ? First Lady, Sénatrice de l’état de New York, Secrétaire d’Etat, elle jouit d’une longue expérience sur la scène politique américaine .  Tous les sondages et analyses concordent pour donner Clinton gagnante. « Même dans un scénario de série, Trump ne serait pas Président« , s’aventure Joseph Belletante, docteur en sciences politiques et auteur de Séries et politique, quand la fiction contribue à l’opinion.

Comme dans le cas du Brexit, les sondages échouent à prendre la mesure des idées populistes dans la société.  Avec 43% d’intention de vote contre 46% pour la Démocrate, Donald Trump est donné perdant jusqu’au dernier jour du scrutin.  Toutefois, l’écart ne cessait de se réduire. A trois semaines, Clinton était en tête de sept points.

« Candidat anti-système »

Trump a su séduire l’électorat américain en jouant la carte de la franchise contre “la vieille élite politique décadente”. A travers ses discours, il se positionne comme le candidat “anti-système”.

Son programme nationaliste rencontre un large écho au sein de la classe moyenne dont les revenus stagnent depuis 1967. Il dénonce une classe politique alliée aux médias contre sa personne, menace de ne pas reconnaître l’issue du scrutin en cas de défaite. L’élection est truquée, a-t-il déclaré à plusieurs reprises.

« Les classes populaires m’aiment bien. »

Au début de sa carrière politique, l’homme d’affaires a milité au parti Démocrate avant de prendre ses distances. « Pas parce que je suis libéral (Ndlr : progressiste), en fait je suis conservateur, mais parce que les classes populaires voteraient pour moi, elles m’aiment bien », prédisait-il.

Parcours atypique

Après avoir rejoint l’entreprise immobilière de son père Fred Trump à 22 ans, Donald Trump rencontre le succès dans les affaires. Il achète des immeubles pour les revendre et se constitue un solide capital. Sa tentative démocrate ayant échoué, le milliardaire est fasciné par le futur président Ronald Reagan. Les deux hommes ont en commun leur caractère anti-système et leur surprenante ascension politique.

Trump avait même un temps envisagé de se présenter aux primaires Républicaines de 1988 d’abord seul, puis comme colistier de Georges W. H Bush, candidat classique.

Lors du scrutin du 8 novembre, Georges Bush Père -président de 1988 à 1992- a appelé à voter pour Clinton.

Plus préoccupé par le développement de sa marque de vêtements et le succès mitigé de ses casinos, Donald Trump quitte le parti Républicain en 1999 pour rejoindre le Parti de la réforme des États-Unis d’Amérique, un parti souverainiste et non-interventionniste. En 2008, il finance la campagne pour l’investiture à la primaire Démocrate de sa future adversaire Hillary Clinton. Il rejoint à nouveau à deux reprises le parti Républicain. D’abord en 2009, puis en 2012 où il soutient Mitt Romney. Véritable nomade politique, Trump reste un homme imprévisible et incontrôlable. Ce trait de caractère inquiète particulièrement le monde et les marchés financiers.

Avec une fortune estimée à 3,7 milliards de dollars d’après Forbes, Donald Trump a consacré plus de 400 millions de dollars pour cette campagne. Objectif, conquérir l’électorat blanc masculin et la classe moyenne, accordant peu d’intérêt au vote afro-américain et hispanique. Stratégie payante.

Il y a un an, ce qui semblait improbable s’est produit : Donald Trump occupe la Maison Blanche.

Rodrigue Tagnan