Élections américaines : « On veut juste que ça se termine ! »

LA CAMPAGNE 2016 –  Scott Sayare est un journaliste américain installé à Paris. Originaire de Boston, il a été correspondant pour le New York Times et travaille maintenant en tant que journaliste freelance pour des magazines américains. Nous lui avons demandé comment il avait suivi la campagne et ce qu’il pensait de sa couverture médiatique.

itwscott@Twitter / Scott Sayare

Route 45 : Comment suivez-vous les élections américaines ici à Paris ?
Scott Sayare: Je les suis comme la plupart de mes concitoyens, à travers les médias américains. Je lis la presse américaine et anglaise, et notamment le Washington Post et le New York Times. Puis j’écoute aussi beaucoup la radio publique NPR, et notamment la chaîne de la ville de Boston dont je suis originaire.

Qu’allez-vous faire pendant la nuit de l’élection ?
Le problème, c’est que je suis à Paris donc il y a un gros décalage horaire. J’ai le loisir de ne pas couvrir l’élection pour un média donc je ne compte pas rester éveillé toute la nuit. Je vais peut-être rejoindre une amie franco-américaine dans un bar de la capitale.  Sinon je suivrai tranquillement le début de la campagne chez moi. Mais jusqu’à 23 heures maximum, après je serai couché ! (rires).

Comment allez-vous voter?
En fait j’ai déjà voté hier soir. Dans certains États américains et pour les expatriés, il est possible de voter à l’avance avec ce qu’on appelle un »absentee ballot ». Il s’agit en gros d’un bulletin de vote destinés aux « absents ». J’ai choisi d’envoyer ce bulletin de vote par e-mail au district de Boston, dans lequel je suis inscrit. Mais il est aussi possible de l’envoyer par courrier postal. Il y a une personne dans ce district de la ville qui est chargée de comptabiliser tous les « absentee ballots ». Sur ce bulletin, on vote pour l’un des quatre candidats mais on peut aussi ajouter le nom d’une personne qui n’est pas candidate. On appelle cela le « write in candidate ». Donc concrètement, on peut même voter pour soi-même, mais il y a peu de chance que cela soit comptabilisé !

Quel est votre pronostic ?
Les chances sont très grandes pour qu’Hillary Clinton remporte cette élection. Mais force est de constater que toutes les prévisions qu’on avait fait jusque là sur Trump étaient fausses. Par exemple, on n’avait pas anticipé qu’il remporte la primaire. Je pense qu’on est rentré dans une ère où on a perdu nos repères. Oui, tous les sondages disent que c’est Clinton qui va l’emporter. On dit qu’elle a à peu près 90% de chances de gagner. J’ai plutôt tendance à le croire. Mais j’émets tout de même des réserves. Avec n’importe quelle autre élection, les écarts qu’on observe entre les deux candidats permettraient aux démocrates d’assurer leur victoire. Sauf que cette année… c’est moins sûr !

Que pensez-vous de la couverture médiatique de cette campagne ?
La presse américaine se considère plutôt comme un contre-pouvoir. Son rôle est donc d’aller fouiller le passé des candidats et d’essayer de trouver des choses négatives. Pour ces élections, on a eu affaire à je ne sais combien d’enquêtes sur le passé de chaque candidat. Mais le souci avec cette élection, c’est qu’on a fait que cela au détriment d’un vrai débat politique. Il y a une surabondance de l’information aujourd’hui qui finit plus par exaspérer qu’aider. Aux États-Unis, cette élection est vraiment partout. C’est envahissant et horrible! Même les commentateurs politiques n’en peuvent plus. Ils disent tous: « Il y en a marre, on veut en finir et passer à autre chose ». Le problème vient sans doute du modèle économique des médias américains. A cause d’une forte concurrence, ils se sentent obligés de surenchérir et de reprendre toutes les frasques des candidats pour ne pas rater un clic. Donc ça créé une forme d’uniformisation de l’actualité. Je crois que ce sentiment de lassitude est partagé par tout le monde aux Etats-Unis : on entend tous la même chose depuis six mois. Là on veut juste que ça se termine !

Comment sont perçus les deux candidats dans votre pays ?
De manière objective, je pense qu’on va tous voter par défaut.  Il faut reconnaître que Clinton est une mauvaise candidate au sens purement électoral. Elle ne correspond pas du tout aux attentes de l’électorat américain pour cette campagne 2016. Elle représente le « insider » total, l’establishment plus establishment qu’establishment ! C’est l’opposé de ce qu’on cherchait, du côté démocrate comme républicain. Le rejet de cet establishment est le fait majeur de cette élection américaine et Clinton correspond très mal à ce rejet. Trump a beaucoup de problèmes mais il correspond à cette attente. C’est pas très glorieux mais c’est ainsi.

Propos recueillis par Marie-Charlotte Perrier